Lettre à mon médecin préféré…
Par Catherine Grangeard, membre du Think Tank ObésitéS, psychanalyste spécialiste des questions d’obésité.
« Cher docteur,
Vous me dites que les régimes sont néfastes. Pourtant ma mutuelle fait partout de la publicité pour annoncer qu’elle propose de les prendre en charge. Je ne comprends plus !
Comme je ne suis pas très riche, ça m’intéresse.
Vous regrettez comme moi que les consultations de diététicienne, de psychologue ou de psychanalyste ne sont pas souvent remboursées. Alors, les régimes, s’ils sont remboursés, c’est que cela doit être mieux, non ? Vous parlez d’équipes pluridisciplinaires pour réussir une prise en charge globale, là on réduit la personne à son assiette, ça va pas dans le même sens !
J’ai bien lu sur Internet le rapport ANSES de novembre 2010 qui accablait tous ces régimes. Je ne sais plus quoi en penser. Les Mutuelles savent-elles vraiment comment perdre du poids ? Si 70 à 95% des régimes aboutissent à un échec à moyen terme ; si le célébrissime effet yoyo est bien avéré ; si, comme dans la fameuse réplique du film sympa « Mince alors ! » : « les régimes ça marche pas ! La preuve ? Y’a que les gros qui en font »… Alors dites-moi pourquoi les mutuelles vont les rembourser ? Après tout, c’est avec nos cotisations que cette générosité se paye !
On pourrait d’abord décider si l’enjeu en vaut la chandelle, non ? La Sécu, elle fait des tests bénéfices/risques…
Là, je suis inquiète Docteur, car si ma mutuelle rembourse quelque chose d’inutile, voire de dangereux, comme le prouve le rapport ANSES, alors à qui peut-on se fier ?
Une patiente bien perplexe. »










Voici bien l’effet pernicieux du rapport de l’ANSES, qui représente plus un point de vue qu’une synthèse de la littérature scientifique. Tout le monde est maintenant persuadé que ça ne sert à rien de faire attention à ce qu’on mange (ce qui est évidemment faux). Les mutuelles ont raison de faire la sourde oreille .
La synthèse de l’ANSES ne dit pas qu’il ne faut pas faire attention à ce que l’on mange, elle met en garde contre les régimes miracle en tous genres. L’obésité est une maladie multifactorielle qu’il convient de traiter comme telle. En ce qui concerne l’aspect alimentaire, seule la modification à long terme de ses habitudes peut engendrer une perte de poids durable. S’appliquer une méthode x ou y pendant un temps donné, sans tenir compte de l’origine de la prise de poids, n’aboutira qu’à une reprise de poids ultérieure, un sentiment d’échec et une dévalorisation de la personne. Bien sûr que les mutuelles ont raison de se soucier de prévention et de la question de l’obésité, mais elles doivent agir avec discernement. Il serait certainement plus profitable de rembourser les professionnels paramédicaux qui s’occupent des problèmes de poids avec déontologie que des "amaigrisseurs" qui abusent de la détresse et de la souffrance des personnes obèses.